Rémunération des stages : nouveau cheval de bataille du mouvement étudiant

Le 18 mars dernier, des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants collégiaux et universitaires ont entamé un mouvement de grève afin d’obtenir la rémunération de tous les stagiaires au Québec. C’est près de 35 000 stagiaires et étudiants de Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières, Saint-Jérôme, Victoriaville, Québec et Montréal qui ont rejoint le mouvement au cours de la première semaine de débrayage.

Texte de Gabriel Arruda du Service de la recherche et de la défense des services publics

Selon les étudiants et les étudiantes, il est désormais courant pour les programmes postsecondaires d’exiger plusieurs mois de stages à temps plein pour l’obtention du diplôme. Cependant, de nombreux employeurs profitent de cette main-d’œuvre en refusant de les rémunérer. En plus d’être considérée comme une violation du principe du « travail égal, salaire égal », cette nouvelle réalité entraverait l’accès aux études des personnes issues des milieux défavorisés : elles n’ont pas nécessairement les moyens financiers pour assumer ces tâches de « bénévolat ».

Par ailleurs, les grévistes font valoir que cette problématique est particulièrement sexiste puisque ce sont surtout dans les domaines traditionnellement et majoritairement féminins que les stages ne sont pas rémunérés : travail social, soins infirmiers, sexologie, éducation à l’enfance, etc.  De leur côté, les stages dans les milieux traditionnellement masculins dans le secteur privé (génie, informatique, construction, etc.), sont rémunérés en grande partie par le biais de subventions et de crédits d’impôt octroyés aux entreprises privées par l’État québécois.

Bien que la revendication de la rémunération des stages connaisse une nouvelle impulsion depuis novembre, elle s’inscrit dans une histoire plus longue. Dès 2002, la Fédération universitaire du Québec (FEUQ) avait mis sur pied une table de travail sur la question. Cette revendication a fait par la suite l’objet de différentes campagnes, dont les plus récentes victoires sont la création en 2016 de bourses pour les personnes doctorantes en psychologie pour leurs internats finaux* (en 2016) ainsi que la compensation financière du stage final des bachelières et des bacheliers en enseignement (mars 2018).

La campagne sur le travail étudiant actuel mené par les Comités unitaires sur le travail étudiant (CUTE) souhaite cependant élargir le combat par rapport aux récentes victoires sectorielles. Elle vise notamment la rémunération de tous les stages à tous les niveaux. Le mouvement veut aussi élargir les protections minimales garanties par la Loi sur les normes du travail à l’ensemble des stagiaires québécois. Ceux-ci pourraient alors se prévaloir des mécanismes de protection valables en cas d’accident de travail, à la suite d’une grossesse ou devant une situation de harcèlement.

Rappelons qu’en novembre dernier, le SFPQ s’est prononcé en faveur de la rémunération des stages effectués lors des études et a donné son appui à la campagne des CUTE.

* On notera toutefois que les 250 bourses accordées par le gouvernement dans le secteur public et parapublic ne suffisent pas à répondre à la demande et que plusieurs stagiaires se retrouvent sans soutien financier et en détresse selon la Fédération interuniversitaire des doctorant.es en psychologie (FIDEP).