Les partis répondent-ils aux jeunes?

Dans quelques semaines, les Québécoises et les Québécois auront l’occasion d’élire le prochain gouvernement du Québec. Depuis quelques mois déjà, les partis s’activent à proposer différentes mesures touchant la santé, l’éducation, l’immigration, etc. Dans ce contexte préélectoral, le Comité national des jeunes du SFPQ a voulu connaître les positions des partis sur deux enjeux : l’attraction-rétention des jeunes au sein de la fonction publique ainsi que la décentralisation des services publics. Voici les réponses des partis ayant daigné répondre…

Texte du Comité national des jeunes du SFPQ, en collaboration avec Gabriel Arruda du Service de la recherche et de la défense des services publics

NDLR : Les réponses des partis ayant répondu ont simplement été copiées de leur document original et copiées dans celui-ci. Au moment d’écrire ces lignes, la CAQ et QS avaient envoyé des réponses. Quant au PQ, il a retourné ses réponses, mais celles-ci correspondaient aux questions posées par le SFPQ, lesquelles différaient de celles du CNJ.

L’attraction-rétention des jeunes au sein de la fonction publique
Le 11 février dernier, le Conseil du Trésor annonçait un investissement de 280 millions de dollars sur 10 ans dans le cadre d’un vaste projet de modernisation des bureaux de la fonction publique. L’objectif de cette démarche, outre celui d’offrir un milieu plus stimulant pour l’ensemble ses employés, serait d’accroître le taux d’attraction-rétention des jeunes au sein de la fonction publique[1]. Bien qu’un tel réinvestissement soit louable, il serait cependant simpliste de limiter cette problématique à la présence de «  cubicules » gris dans les locaux de l’administration publique. En effet de nombreux problèmes se conjuguent et expliquent ce problème. Parmi ceux-ci, le CNJ voudrait en porter trois à votre attention.

Salaire
Au-delà du portrait esquissé par les chroniqueurs de droite, les conditions de travail de la fonction publique ont perdu beaucoup de lustre au cours des dernières décennies. À ce sujet, l’enquête sur la rémunération globale de l’Institut de la statistique du Québec nous apprend que le salaire des employés de l’administration québécoise (48 490 $) montre un retard de 13,9 % par rapport à celui de l’ensemble des autres salariés québécois et de 10,2 % face à celui des salariés du secteur privé. D’ores et déjà, on peut prévoir que certains affirmeront que si les conditions salariales ne sont plus aussi alléchantes, c’est à cause de l’ensemble des avantages sociaux, notamment l’avantageux régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP). Cependant, encore une fois, l’enquête de l’ISQ nous apprend que l’administration québécoise affiche aussi un retard sur le plan de la rémunération globale qui comprend les avantages sociaux.

Précarité
L’autre croyance véhiculée sur les conditions de la fonction publique est que ces emplois donneraient à tous ses membres un emploi stable et garanti à vie. Or, comme le faisait valoir le SFPQ en 2016, près de 40 % des effectifs de la fonction publique ont actuellement un statut précaire[2]. Ce phénomène s’explique en partie par les postes saisonniers et les postes liés à des projets spéciaux et ponctuels. Cependant, on remarque surtout une tendance inquiétante où le gouvernement préfère ouvrir des postes occasionnels année après année au lieu de les titulariser. Cette précarisation est particulièrement problématique parce qu’elle empêche ces jeunes de se projeter dans l’avenir en plus d’accélérer le phénomène de roulement du personnel qui entraîne des coûts non négligeables pour l’État.

Conciliation travail-famille-études
Les dernières décennies ont vu de grandes mutations au sein de la société québécoise : arrivée des femmes sur le marché du travail, nouvelles répartitions des rôles au sein des familles, vieillissement de la population, etc. Ces changements doivent entraîner une redéfinition de la relation entre l’emploi et la vie familiale. La conciliation travail-famille- études vise donc à trouver un équilibre entre les exigences de la vie professionnelle et les responsabilités découlant de la vie personnelle des travailleuses et des travailleurs.

Si le gouvernement s’est doté de certaines politiques afin de promouvoir cet idéal, on remarque cependant que ces beaux principes ne sont pas toujours appliqués sur le terrain. Un des exemples les plus patents est le cas des centres d’appels où l’horaire rigide rend quasiment impossible un aménagement d’horaire sur une base régulière. Cette réalité est encore plus manifeste dans certains organismes parapublics. En tant qu’employeur, l’État québécois a un devoir d’exemplarité et devrait pousser pour les normes les plus généreuses pour tous ses employés.

Questions
Face aux éléments soulevés plus haut, le CNJ aimerait connaître les positions de votre parti concernant les questions suivantes :

  • Quelle est la position de votre parti sur la rémunération des travailleuses et des travailleurs de la fonction publique et parapublique ?

 CAQ
La CAQ est consciente de la grande qualité du travail accompli par les travailleuses et travailleurs de la fonction publique et parapublique. Nous souhaitons que la rémunération de la fonction publique et parapublique soit à la hauteur de leur expertise, tout en respectant la capacité de payer des Québécois.

La CAQ a proposé une série de mesures en 2015 dans son document Un pacte de responsabilité – Plan pour un État moderne et efficace pour moderniser l’État québécois. Le Québec peut compter sur une fonction publique professionnelle et compétente, dont l’apport a fortement contribué à faire du Québec la société moderne qu’elle est devenue.

Cependant, par manque de vision et de leadership politique, le gouvernement n’a pas modernisé notre gestion de l’appareil publique. La CAQ propose de revoir certains fonctionnements pour optimiser les services à la population.

PQ
À chaque négociation menée par le gouvernement, le Parti libéral a démontré son manque de respect envers les employés de l’État. Seuls les médecins ont obtenu les égards du gouvernement libéral. La loi spéciale, ou la menace de loi spéciale, a été utilisée systématiquement par le gouvernement libéral, avec l’appui de la CAO. Le Parti Québécois, lui, négociera avec les employés de l’État dans le respect mutuel. Nous savons que la motivation des employés, qui doivent se sentir appréciés par le gouvernement en place, est essentielle à l’efficacité de l’État. Nous négocierons avec respect, sans recourir à des menaces. Notre priorité est d’améliorer les services à la population, et nous savons que les employés de l’État sont essentiels pour réussir à atteindre cet objectif.

  • Quelles mesures votre parti mettra-t-il de l’avant afin de faciliter la conciliation travail-famille-études au sein de l’administration publique et parapublique du Québec ?
  • Plus largement, vous engagez-vous à appuyer un projet de loi-cadre sur la conciliation travail-famille ?

 CAQ
La CAQ est consciente que la réalité des familles a changé dans les dernières années et qu’il faut adapter les pratiques à cette nouvelle réalité. Nous croyons qu’il est nécessaire de réviser la Loi sur les normes du travail afin de la rendre conforme aux besoins des familles d’aujourd’hui. Nous accueillons aussi positivement un projet sur la conciliation famille-travail.

La CAQ souhaite aussi faciliter la vie des familles, notamment en offrant des services de garde adaptés à leurs besoins. Plus de places, une meilleure gestion des listes d’attente et des horaires plus flexibles dans les centres de la petite enfance.

Finalement, nous souhaitons réduire le fardeau fiscal des familles afin de leur laisser plus de marge de manœuvre pour concrétiser les projets qu’elles souhaitent réaliser.

PQ
Au Parti Québécois, nous croyons que l’État québécois doit répondre aux attentes légitimes des familles, qui souhaitent se retrouver et profiter davantage des moments qui comptent. Il doit également soutenir les jeunes familles, en encourageant le télétravail et en améliorant l’accessibilité aux services de garde éducatifs.

En tant que gouvernement, le Parti Québécois donnera la priorité au développement de nouvelles places en centre de la petite enfance, réduira les tarifs des services de garde éducatifs, offrira

l’équité de traitement aux parents adoptifs (notamment en bonifiant leur congé), allongera le congé parental du père, et rendra possible le fait de différer 20 jours ouvrables du RQAP pour utilisation flexible jusqu’à l’entrée de l’enfant en maternelle. Enfin, nous investirons dans les mesures favorisant le télétravail.

Nous nous engageons par ailleurs à investir massivement dans l’amélioration réelle des transports, dans la lutte contre la congestion.

Nous croyons que l’ensemble de nos mesures permettra une meilleure conciliation travail-famille mais, si nous constatons qu’une loi-cadre est nécessaire malgré leur application, nous agirons en ce sens.

QS
Un gouvernement solidaire revalorisera les services publics et cessera tout recours aux agences de placement et autres consultants ou consultantes externes dans la fonction publique. L’État doit reprendre son rôle de locomotive en matière de conditions de travail. Un gouvernement solidaire :

  1. sera réceptif aux revendications des travailleuses et travailleurs de tous les corps d’emploi des secteurs public et parapublic afin d’améliorer leurs conditions de travail et leurs avantages salariaux;
  2. mettra en place des mécanismes visant le développement d’une organisation participative et collégiale du travail, qui accorde une place importante à la conciliation famille-travail et repose sur l’autonomie professionnelle des travailleuses et travailleurs;
  3. assurera un accès facile et constant à des stages ou à des programmes de perfectionnement;
  4. facilitera l’accès à un soutien en ressources complémentaires et psychoaffectives à l’ensemble des travailleuses et travailleurs des secteurs public et

Dans le but d’intégrer les principes directeurs dont devraient s’inspirer l’ensemble des politiques, programmes et décisions des différents paliers de gouvernement (national, régional et local) qui touchent la famille, un gouvernement solidaire élaborera une loi-cadre sur la famille. La conciliation famille, travail, études, implication sociale sera l’un des aspects couverts par cette loi.

Décentralisation des services publics en région
La dévitalisation de certaines régions du Québec est un phénomène complexe et multifactoriel qui s’explique notamment par un déclin démographique et une restructuration de l’économie québécoise. Pour un nombre trop important de jeunes de ces régions, cette réalité entraîne un constat : la nécessité de l’exil. Si celui-ci débute souvent pour des raisons scolaires, il se poursuit souvent durant leur carrière professionnelle faute de débouchés dans leurs régions d’origine. Afin de pallier ce problème, les services publics peuvent et doivent jouer un rôle central. Le CNJ voudrait donc aborder deux arguments qui renforcent une perspective de décentralisation et de promotion des services publics dans toutes les régions du Québec.

Économie
La structure économique de nombreuses régions diffère de celles des centres urbains comme Montréal et Québec. En effet, avec une présence marquée des emplois saisonniers et une dépendance particulière aux exportations, ces régions sont sensibles aux cycles économiques. En ce sens, les services publics peuvent jouer un rôle de stabilisateur dans les économies locales. La fonction publique peut ainsi assurer des emplois de qualité dans divers domaines ainsi que maintenir la présence d’un certain pouvoir d’achat pour toutes les communautés occupant le territoire québécois. Par ailleurs, il ne faut pas uniquement voir la fonction publique comme une dépense puisque, comme l’affirme l’IRIS, chaque dollar investi dans le secteur public québécois a un effet de 1,11 $ sur le PIB du Québec[3].

Condition féminine
Par ailleurs, la présence des services et de la fonction publique en région est aussi une question féministe. En effet, alors que les industries extractivistes et manufacturières restent encore des milieux majoritairement masculins, les services publics offrent une diversité d’emploi pour les femmes : enseignement, soins de santé, administration publique, etc. En assurant la présence de l’État dans ces régions, on assure donc des opportunités d’emploi pour tous et toutes sur l’ensemble du territoire québécois.

Questions
Face aux différents arguments soulevés précédemment, le CNJ voudrait savoir :

  • Quels sont vos engagements quant à la présence des services publics dans toutes les régions du Québec ?

CAQ
Plus de pouvoirs et d’autonomie, voilà ce que demandent les régions depuis longtemps. Et c’est ce que la CAQ leur accordera à la faveur d’un important transfert de responsabilités et de ressources humaines et financières.

Nous proposons également une révision du mode de financement pour aider les CÉGEPS en région et contrer l’exode des jeunes.

Nous sommes aussi conscients des difficultés rencontrées par les régions à se développer en raison du manque d’une couverture efficace d’internet haute vitesse et de téléphonie cellulaire en dehors des grands centres urbains. Un gouvernement de la CAQ va accroître les investissements pour assurer l’accès à internet haute vitesse et à un réseau cellulaire stable et rapide partout au Québec.

PQ
Le Parti Québécois choisit un État fort. Nous donnons la priorité à l’amélioration des services à la population avant toute réduction des dépenses ou des revenus. Nous faisons aussi de la décentralisation une de nos priorités. Nous avons toujours été le parti des régions, et nous voulons que les régions soient mieux desservies par les services rendus par l’État. Les régions ont particulièrement souffert des coupes du gouvernement libéral.

  • Êtes-vous en      faveur         d’une décentralisation    des    lieux  décisionnels de l’administration publique ?

CAQ
Nous sommes conscients que la majorité de l’appareil gouvernemental est situé à Québec ou Montréal. La CAQ est en faveur d’accroître la présence de l’administration publique en région.

De plus, nous voyons d’un bon œil la décentralisation des lieux décisionnels au sein d’une même institution. Nous croyons que cela peut avoir des effets positifs, notamment sur la prestation de services aux citoyens.

PQ
Un gouvernement du Parti Québécois donnera aux citoyens et aux élus des régions une réelle capacité de décision. À notre arrivée, nous mettrons un cran d’arrêt à toute forme de centralisation de l’appareil public. Finalement, nous nous sommes engagés à transférer, progressivement, cinq ministères en région, soit les ministères des Pêches, de la Faune, des Mines, des Forêts et de !’Agriculture.

QS
Dans les régions, Québec solidaire maintiendra les services publics et adoptera une politique pour augmenter la population en dehors des grands centres.

Un gouvernement solidaire établira ou consolidera dans tout l’appareil d’État des mécanismes d’organisation participative et collégiale du travail. De plus, Québec solidaire mettra en place des mécanismes de démocratie participative permettant aux personnes utilisatrices, aux travailleuses et travailleurs, aux citoyennes, citoyens et organismes communautaires de la communauté desservie de déterminer les priorités locales et régionales et les ressources à y consacrer.

COMITÉ NATIONAL DES JEUNES DU SFPQ
Depuis 1999, le Comité national des jeunes (CNJ) représente les membres du SFPQ de moins de 35 ans, qui travaillent chaque jour au bon fonctionnement de l’État québécois et des services publics. Les membres de ce comité ont un rôle de conseiller auprès de l’Exécutif national du SFPQ.

[1] PRINCE, Véronique. L’ère des cubicules gris des fonctionnaires québécois tire à sa fin. Radio-Canada.   11 février 2018. http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1083202/modernisation-cubicules-gris-fonctionnaires- gouvernement-quebec.

[2] VALLÉE, Pierre. 40 % de la fonction publique serait à statut précaire. Le Devoir.

[3] DESROCHERS, François et SCHEPPER, Bertrand. Le secteur public et l’économie régionale du Québec.