Discours du président général

Voici le discours qu’a donné le président général du SFPQ, Christian Daigle, lors du Conseil syndical de juin 2017.

Texte du président général du SFPQ, Christian Daigle

C’est un grand plaisir de m’adresser à vous aujourd’hui.

Avant d’entamer des débats importants qui concerneront notre avenir, nous devrions nous remettre à l’esprit d’où nous venons.

Le syndicalisme n’a pas débuté lors d’une grande assemblée comme celle qui se réunit aujourd’hui.

Avant que nous réussissions à faire adopter les lois qui protègent notre droit de nous rassembler paisiblement, une travailleuse ou un travailleur ne pouvait compter que sur les gens qui l’entouraient pour le protéger de l’arbitraire de son employeur.

Quand il était victime d’une injustice, il ne pouvait qu’espérer que par leurs gestes, petits ou grands, ses collègues lui viennent en aide.

C’est par des milliers de ces petites actions, courageuses, mais souvent invisibles, qu’a été créé le puissant sentiment de fraternité qui est la base essentielle du syndicalisme : cette volonté d’aider les gens qui nous entourent.

Un syndicaliste, c’était alors celui qui agissait. Souvent seul, sans garantie, risquant son emploi ou même sa sécurité.

C’était celui qui refusait de remplacer le collègue mis à la porte parce que trop malade pour se présenter à l’ouvrage.

Celle qui haussait le ton devant un employeur qui harcelait une collègue.

C’était tout un atelier qui quittait l’ouvrage pour protester contre le licenciement d’un des leurs, quitte à faire face à la misère.

Pendant longtemps, les syndicats n’ont pu compter que sur cette solidarité essentielle pour se construire tant bien que mal, malgré bien des obstacles jetés devant eux par le patronat, étant donné qu’aucune loi ne garantissait leur reconnaissance ou la légalité de leurs actions.

Nous ne devons jamais oublier tous les efforts et les sacrifices auxquels les milliers de travailleuses et de travailleurs qui nous ont précédés ont dû consentir pour gagner peu à peu les droits que nous avons et qui nous permettent aujourd’hui de nous rassembler sans crainte.

Gardons en tête qu’aujourd’hui même, en Turquie et dans certains pays d’Amérique du Sud, être syndicaliste, c’est encore mettre sa vie en danger pour aider ses collègues et c’est malheureusement le cas dans de trop nombreux pays du monde.

Évidemment, le SFPQ, depuis les débuts de son action syndicale, a dû évoluer en tant qu’organisation.

Aujourd’hui, une travailleuse ou un travailleur dont les droits sont remis en question peut s’appuyer non seulement sur ses collègues de travail, mais aussi sur les 40 000 travailleuses et travailleurs pour se défendre!

Pour faire face à l’employeur, en tant que regroupement de travailleuses et de travailleurs, nous avons eu à nous moderniser aussi.

Face à l’utilisation toujours plus grande d’avocats dans les relations de travail, nous avons dû recourir à des personnes conseillères qui font du syndicalisme leur métier et d’avocats spécialisés dans le droit du travail.

Devant des gouvernements qui se cachent derrière des traités de libre-échange pour justifier leurs politiques de privatisation, nous organisons des alliances syndicales sur la scène internationale.

Afin de supporter de plus en plus des travailleuses et des travailleurs blessés laissés pour compte, nous nous sommes dotés des meilleurs outils pour faire respecter leurs droits.

Dans les prochaines années, nous devrons poursuivre ce travail de modernisation parce que le gouvernement libéral ne semble pas sur le point d’arrêter son offensive contre ses propres employés.

Il y a quelque mois, le ministre des Finances du Québec annonçait dans son budget une croissance de 1,8 % du financement de nos ministères et organismes. C’est évidemment largement insuffisant pour maintenir nos services publics tels que nous les connaissons.

En clair, cela signifie que même s’ils ont consenti à augmenter légèrement les dépenses en santé et en éducation, les libéraux ont l’intention de faire perdurer dans la fonction publique la même politique d’austérité qui nous a fait perdre plus de 4 000 confrères et consœurs dans les dernières années.

Les conséquences de ce projet néolibéral sur la population sont catastrophiques.

Au mois de juin, la neige a fondu, mais nous espérons que lorsque la neige reviendra, notre mémoire n’aura pas elle aussi fondu en ce qui concerne les évènements de l’Autoroute 13.

À la conférence de presse, le lendemain de cette catastrophe, un journaliste m’a demandé : « Vous ne trouvez pas que c’est le jour de la marmotte, votre demande répétée depuis des années de mettre fin à la sous‑traitance? » Je pouvais difficilement cacher mon exaspération!

Ce malheureux évènement nous a tout de même permis de remporter une victoire. Nous avons réussi à obliger le gouvernement à rapatrier une partie des activités de déneigement, mais le combat continuera tant que le MTQ n’aura pas réellement repris le contrôle sur cette activité essentielle pour la sécurité de tous.

Autre victoire majeure : nous avons obtenu la syndicalisation des étudiants et stagiaires de la fonction publique du Québec. Nous mettrons tout en œuvre pour leur obtenir des conditions d’emploi décentes et ainsi éviter que ces personnes soient utilisées comme main‑d’œuvre bon marché!

De victoires comme celles‑là, nous pouvons en obtenir d’autres si nous nous en donnons les moyens.

Aujourd’hui, nous devrons décider ensemble quel genre d’organisation nous souhaitons que le SFPQ devienne dans les prochaines années.

Ce n’est pas la première fois que notre organisation discute de cette question fondamentale.

Les plus anciens d’entre nous s’en souviendront. En 1995‑1996, le syndicat était comme aujourd’hui à la croisée des chemins sur le plan financier et a dû s’adapter. Nous faisions alors face à une baisse significative du nombre d’ouvriers. À l’époque, nous avions 12 régions et des sections par accréditations, soit certaines ouvrières et certaines fonctionnaires, sur les mêmes territoires. Nous avons réussi à redresser la situation du SFPQ après des travaux exhaustifs et à nous adapter pour poursuivre notre mission : desservir et représenter les membres face à l’employeur et promouvoir nos services publics.

Vous le savez, vous en êtes conscients, nous sommes en ce moment devant un défi similaire.

Je suis convaincu que nous avons encore cette capacité d’adaptation.

Nous débattrons aujourd’hui des moyens financiers qu’aura notre syndicat pour faire face à l’employeur dans les prochaines années. Les choix que nous ferons détermineront de quoi sera capable notre organisation dans les prochaines années et lors de la prochaine négociation.

Je vous invite à garder deux choses à l’esprit :

  • Premièrement, ne pas oublier que notre premier devoir en tant que syndicaliste est de protéger et défendre les membres que nous représentons.
  • Deuxièmement, peu importe notre opinion dans les débats, nous devons préserver cette unité et la solidarité qui nous rassemble. Il s’agit de ce que nous avons de plus précieux.

Au-delà de nos rôles respectifs, nous ne formons qu’une seule et même organisation et c’est dans cet esprit que nous devrons tenir nos débats afin que nous puissions poursuivre notre chemin et réaliser les mandats qui nous ont été confiés.

Bon Conseil syndical à toutes et tous!