Craignant le projet d’oléoduc Énergie Est, le SFPQ a demandé à ce que le gouvernement canadien resserre ses critères d’évaluation environnementale. En effet, car au Québec, il sera long de 4500 kilomètres, traversant notamment 830 cours d’eau.

Texte par Julien Gaudreau du Bureau de la présidence générale

pipeline-1128813_1920C’est tout un tuyau qu’a l’intention d’installer la multinationale Transcanada à travers le Québec ! L’oléoduc relirait les sites de production de pétroles bitumineux de l’Alberta à un port d’exportation situé au port de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. Chaque jour, l’équivalent de 1,1 million de barils de pétrole y circulerait.

L’intérêt de ce projet pour l’Alberta est limpide. La province a, depuis des années, concentré son développement économique dans l’industrie pétrolière, avec l’aide de généreuse subvention du gouvernement fédéral. Or, à l’heure où de plus en plus de pays prennent un virage vert, il n’est pas clair si cette industrie peut survivre très longtemps. Le pétrole bitumineux produit en Alberta est beaucoup plus polluant que le pétrole conventionnel, en plus d’être plus cher à produire. En faisant passer sa production par le territoire québécois, l’industrie pétrolière de l’Alberta tente de réduire ses coûts d’exportation afin de pouvoir survivre quelques années de plus. D’autres projets d’oléoducs sont également sur la table afin d’exporter encore plus de pétrole bitumineux au sud, vers les États-Unis et à l’ouest, vers les marchés asiatiques. Sans ces voies d’accès aux marchés étrangers, la croissance des sables bitumineux sera freinée par un effet d’entonnoir. L’Alberta devrait alors réorienter son économie vers d’autres activités. Strictement d’un point de vue économique, on comprend bien pourquoi ce projet lui tient à cœur.

Pour le Québec, l’intérêt est beaucoup moins évident. Une fois construit, l’oléoduc ne fournirait que quelques dizaines d’emplois et la compagnie n’offrirait aucune redevance en échange du droit de passage. L’oléoduc traverserait 830 cours d’eau, mettant l’approvisionnement de dizaines de villes en grave danger en cas d’accident (et ça arrive, voir : ici[1], ici[2] et ici[3], pour des exemples). À ce jour, aucune technologie n’est réellement efficace pour récupérer complètement le type de pétrole qui s’échapperait si les choses tournaient mal.

Si la multinationale Transcanada n’abandonne pas son projet, il semble clair que le Québec se dirige vers la plus grande confrontation environnementale de son histoire.

En plus des dangers pour le territoire québécois et du peu d’intérêt sur le plan du développement économique, l’oléoduc aurait des conséquences environnementales catastrophiques. À lui seul, il a le potentiel de multiplier par deux la production de pétrole bitumineux canadienne. Cela équivaudrait à une hausse de 40 % des émissions du pays, soit l’équivalent de 7 millions de véhicules de plus sur les routes. Or, 85 % des réserves de pétrole bitumineux devront rester dans le sol si l’humanité souhaite éviter une hausse des températures planétaires de plus de 2°[4].

Devant la difficulté de devoir défendre un projet aussi risqué pour le Québec et pour le climat, la compagnie Transcanada a eu recours à des tactiques pour le moins douteuses pour influencer l’opinion publique. Notamment :

  • L’organisation d’une rencontre secrète entre Jean Charest payée par Transcanada des membres du comité fédéral chargé d’évaluer le projet[5].
  • La mise en place d’un plan de communication agressif comprenant l’embauche de faux partisans, de la pression sur groupes environnementaux, des tentatives de financer des centres de recherche afin d’acheter leur complaisance, etc.[6].
  • Un refus de collaborer au processus d’évaluation environnemental québécois[7].

Dans ce contexte, on peut comprendre que de plus en plus de citoyens se mobilisent.  À ce jour, plus de 150 comités se sont organisés spontanément à la grandeur du Québec. Tout comme le SFPQ, de nombreuses organisations syndicales se sont également prononcées contre le projet.

[1] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/762446/pipelines-carte-incidents-canada-petrole-gaz

[2] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/773959/transcanada-dakota-sud-fuite-oleoduc-pipeline

[3] http://affaires.lapresse.ca/economie/energie-et-ressources/201604/04/01-4967477-un-pipeline-de-transcanada-ferme-a-cause-dune-fuite-de-petrole.php

[4] https://www.theguardian.com/environment/2013/may/19/tar-sands-exploitation-climate-scientist

[5] http://www.ledevoir.com/politique/quebec/478727/energie-est-transcanada-prend-ses-distances-de-jean-charest

[6] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/694206/fuite-strategie-communication-transcanada-pipeline

[7] http://www.lapresse.ca/environnement/politique-verte/201610/27/01-5034814-energie-est-quebec-attend-toujours-des-reponses-de-transcanada.php