Vivre parmi les « stars »

Le mont Mégantic, précieuse montagne des amoureux des étoiles et des flocons, reçoit annuellement la quantité astronomique de sept mètres de neige. Apocalyptique pour certains, mais paradisiaque pour Daniel Cadieux, qui aime la neige. Aventure à 1000 mètres d’altitude, tout juste en dessous de la première Réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic.

Texte de Danie Blais du Service des communications

Né du mot abénakis « namesokanjik » , le mot « mégantic » signifiait, pour les Abénakis, le lieu où se tiennent les poissons, là où le poisson abonde.

Des tonnes de cristaux d’eau congelée, c’est ce qui passionne Daniel Cadieux. D’ailleurs, contrairement aux gens qui comptent les années en printemps, M. Cadieux, lui, les compte en hiver. Il en est à son 18e au Parc national du Mont-Mégantic. Il détaille avec bonheur : « Mégantic est une montagne exceptionnelle avec une géomorphologie singulière. Au début, avant de travailler pour le Parc national, comme pour des centaines et des centaines de gens, la montagne m’attirait beaucoup pour le ski de fond. Mégantic offre la saison de glisse la plus longue au sud du fleuve; les moyennes saisonnières de chute de neige y varient entre cinq et sept mètres. C’est beaucoup de neige. Et, haute comme elle se trouve, elle ne fond pas tellement rapidement. » Envoûté par ce site exceptionnel, le jeune skieur, membre de la Patrouille canadienne de ski, a donc fait les démarches pour obtenir son emploi de rêve à la montagne. « Mes connaissances en premiers soins, ainsi qu’en ski, m’ont permis de commencer à travailler au parc », d’ajouter M. Cadieux. « Au départ, en 1997, j’étais cependant contractuel pour le ministère de l’époque qui gérait le parc, le ministère des Loisirs, de la Chasse et de la Pêche. Une fois sous l’égide de la Sépaq, je suis devenu préposé aux opérations terrain ou, comme on dit dans le milieu, POT ». Daniel Cadieux est depuis onze ans garde-parc patrouilleur (GPP) au Parc national du Mont-Mégantic.

Mise en forme du GPP2

La main à la pâte
Boulanger pendant neuf ans, Daniel Cadieux a décidé de s’impliquer au SFPQ en 2001. À l’époque, il était délégué du secteur Mégantic. Depuis 2008, il est le président de la section SOM 453.

Daniel Cadieux est également professeur de yoga et massothérapeute (Thai Yoga massage).

 

 

 

Pendant l’hiver, le Parc national du Mont-Mégantic emploie une quinzaine de passionnés des flocons comme Daniel, mais, pendant l’été, ce sont plus d’une cinquantaine de personnes qui rejoignent la montagne, mais aussi les étoiles. Eh oui, c’est évident : le soleil et la chaleur attirent les visiteurs, mais aussi la lune et le firmament. Les nombreux adeptes de plein air passent donc une journée, ou plusieurs, à arpenter les monts, les cimes, les promenades et les cols du parc; à entendre les gazouillis de plus de 125 espèces d’oiseaux; et, dès la nuit tombée, à s’extasier devant la beauté des ciels étoilés. Pour le plus grand plaisir des milliers d’amants de Dame nature, Daniel Cadieux et ses collègues soignent donc minutieusement la montagne. D’ailleurs, depuis 2008, ils ont fait beaucoup de travaux dans les sentiers afin que le Parc soit reconnu comme une des dix meilleures destinations de randonnée du Québec.

Confrères célébrant l'anniversaire de l'un d'eux2
Aménagement de nouveaux sentiers dans le secteur Franceville (2008). René Poulin (garde-parc patrouilleur), Renald Duquette (chef d’équipe pour la réalisation des sentiers), Rémi Gaudreault (ouvrier certifié terrain et nouveau papa) et Sébastien Kouri (employé dans une réserve faunique).

Pour M. Cadieux, il est important de préserver les milieux naturels, de les faire connaître et de les rendre accessibles. C’est éducatif. « Il ne faut pas oublier qu’en protégeant les milieux naturels et ses écosystèmes, on protège son avenir. Et pour réussir, il faut bien se connaître », ajoute-t-il. L’éducation est, selon lui, le premier pas vers le respect de son environnement. « Je ne suis pas astrophysicien, mais, plus on en connaît sur l’univers, plus on réalise l’importance de protéger notre petite boule bleue qui voyage dans ce vaste univers », de dire Daniel Cadieux, lui qui a justement fait le tour de la planète pendant cinq ans pour en découvrir l’humanité.

SFPQ : Avez-vous un fait insolite à raconter?
roses des neiges2

« Non, non, pas d’OVNI, mais je suis celui qui nomma ce phénomène de redoux durant l’hiver la “rose des neiges”. Cette photo et son appellation enflammèrent la page Facebook du parc, récoltant des milliers de “J’aime” et de partages. Nous avons même donné une entrevue à CBC Radio One. Le phénomène est que, pendant un certain temps, les conifères se chargent de neige et, lorsqu’arrive un redoux, la neige tombe en amas sur une pente. Elle roule puis s’enroule pour créer une rose des neiges ».

Au firmament
IMG_0281Le Parc national du Mont-Mégantic, outre ses tonnes de neige, a développé une spécialité inégalée au Canada : son volet astronomique, lequel est fort précieux pour la science de l’astrophysique. Son histoire a commencé en 1978, avec l’ouverture de l’Observatoire du Mont-Mégantic[1]. Plus tard, en 1994, à la suite d’une mobilisation des quatre communautés attenantes à la montagne (Notre-Dame-des-Bois, Val-Racine, Scotstown-Hampden et La Patrie), le parc tant désiré fut créé. Deux années plus tard est né le célèbre centre d’astronomie dédié au public, l’ASTROLab, et, finalement, encore deux années plus tard, ce fut au tour de l’Observatoire populaire du Mont-Mégantic d’être fondé, lui aussi dédié au public.

Aujourd’hui, la santé financière de l’observatoire universitaire est malheureusement fragile. Or le million de dollars qu’a récemment versés le gouvernement du Canada dans les coffres de l’Observatoire du Mont-Mégantic permettra de le maintenir actif pour les deux prochaines années. Reprenons les mots du directeur général, René Doyon, lors d’une entrevue à Radio-Canada, le 11 février 2015 : « Les activités de l’Observatoire du Mont-Mégantic s’étendent largement en dehors de la région : l’Observatoire a notamment contribué à la fabrication de plusieurs télescopes outre-mer ainsi qu’à celle du futur télescope spatial James Webb. Il s’agit du seul observatoire universitaire au Canada; il est aussi le mieux équipé au pays. » Annuellement, l’unique observatoire scientifique universitaire canadien n’attire pas moins de 20 000 visiteurs, tous enchantés de voir le fabuleux spectacle naturel que leur offre la première Réserve internationale de ciel étoilé.

Après plus d’une décennie à arpenter sa montagne adorée, jour et nuit, Daniel Cadieux y a récolté des milliers de souvenirs. Un de ses plus beaux est un legs d’une nuit d’été : « Je me rappelle : c’était le 12 août 2001. Une nuit de perséides. Le ciel s’est enflammé de jets de lumière dépassant le zénith; une aurore boréale spectaculaire. J’ai terminé mon travail à 3 h, mais j’ai continué à admirer le ciel une fois chez moi, jusqu’au lever du jour. Ce spectacle céleste a été vraiment touchant. Les Amérindiens croient que ce sont les anciens qui communiquent avec les humains. Mon environnement de travail est magique. »

À lire sur la Réserve internationale de ciel étoilé
ricemm.org/reserve-de-ciel-etoile

« Mon utopie : que nous soyons toutes et tous des gardes-parcs de notre petit univers, la Terre, pour, au final, être ceux de l’univers. » — Daniel Cadieux

Sanctuaire du mont Saint-Joseph
Sanctuaire du Mont-St-JosephAu dire des célébrants de la paroisse Saint-Joseph-des-Monts, non seulement le sanctuaire a-t-il été érigé pour demander la protection contre les intempéries, mais la beauté du site, la transparence de l’air et la splendeur des paysages invitent spontanément au recueillement et à la louange.

[1] L’Observatoire du Mont-Mégantic est géré par l’Université Laval, l’Université de Montréal, l’Université McGill et Bishop’s University.