Théâtre d’excellence bien orchestré

Au Québec, le Conservatoire de musique de Val-d’Or est le plus avancé et le plus intégré au point de vue de la technologie. Invitation à la découverte de cet indispensable chef-d’œuvre d’éducation sur des airs de persévérance et d’optimisme.

Texte de Danie Blais du Service des communications

Rémi Dion travaille au Conservatoire de musique de Val-d’Or depuis l’été 2012. Il y occupe le siège de responsable administratif, maestro de la supervision des opérations administratives et financières. Jusqu’au crépuscule, les chiffres et les statistiques des tables de calculs de M. Dion s’alignent méthodiquement comme des notes sur des gammes, mais demeurent silencieux (même s’ils sont mélodieux). Chut!

Néanmoins, pour ce tromboniste de l’Orchestre symphonique régional de l’Abitibi-Témiscamingue (depuis dix ans), un emploi au Conservatoire, c’est un rêve. « Mon plus beau souvenir au Conservatoire est, sans l’ombre d’un doute, ma première rentrée scolaire. J’étais nouvellement finissant au baccalauréat en administration de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et j’avais réussi à obtenir mon emploi de rêve : responsable de l’administration dans une organisation qui se consacre à la musique; les deux domaines qui m’animent. C’est joindre l’utile à l’agréable », de se rappeler M. Dion, également délégué pour le SFPQ depuis l’automne 2013.

Proposé par Wilfrid Pelletier

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Salle multifonctionnelle du Conservatoire de musique de Val -d’Or

En 1942, c’est la guerre, mais le Québec vit une période d’ouverture sur le plan politique, et son premier ministre, Adélard Godbout, accepte la proposition du célèbre chef d’orchestre Wilfrid Pelletier (1896-1982) de créer au Québec un conservatoire comme il en existe à Paris (depuis 1795) et à Bruxelles (depuis 1832). Le Conservatoire est créé en 1943. Il est bon de savoir que ça faisait déjà 60 ans que des musiciens chevronnés, comme Calixa Lavallée (1842-1891), demandaient que soit créée une telle institution.

Visite virtuelle du Conservatoire de musique de Val-d’Or : http://urlz.fr/1ksI

Irrésistible
Lorsque fut construit le Conservatoire de musique de Val-d’Or, tout a été prévu pour en faire un incontournable du monde des arts. « Nous avons installé des modules d’enregistrement dans chacun des locaux d’enseignement afin de permettre aux neuf professeurs[1] d’enregistrer les prestations musicales de leurs élèves pendant les cours et de se servir de ces enregistrements à des fins pédagogiques, d’expliquer Rémi Dion. La construction comprend également des normes acoustiques élevées afin de garantir la qualité sonore la plus élevée possible. Construit au coût de plusieurs millions de dollars, ce nouvel édifice permet aux neuf professeurs et aux 64 élèves d’améliorer la qualité des cours qui y sont offerts. »

La musique et l’art dramatique sont des investissements.

Pour Rémi Dion, et plusieurs autres personnes, les conservatoires permettent de dépister les talents les plus prometteurs sur l’ensemble du territoire québécois. Il ajoute : « Il est erroné de croire que la totalité des talents en province est concentrée uniquement dans les grands centres. Par exemple, Rémi Boucher, guitariste professionnel de renommée internationale, est originaire de Cléricy, un petit village en Abitibi-Témiscamingue. Il a fréquenté le Conservatoire de musique de Val-d’Or. Et d’autres grands professionnels ont aussi fréquenté les conservatoires du Québec : Yannick Nézet-Séguin, chef d’orchestre de l’Orchestre Métropolitain; Angèle Dubeau, violoniste professionnelle; Raymond Cloutier, Francine Ruel, Marie Tifo, Normand Chouinard et Rémy Girard, comédiennes et comédiens émérites. »

Que serait le monde sans les arts?
« À mon avis, le monde ne serait pas complet si les arts n’existaient pas, de commenter M. Dion. Plusieurs personnes ne peuvent pas s’exprimer sans utiliser les arts, et je fais partie de cette catégorie de personnes. Et beaucoup de gens n’auraient pas pu accomplir tout ce qu’ils ont fait dans leur vie ou dans leur carrière si ce n’avait été de leur penchant artistique. Einstein, lui-même musicien, est un des premiers à soutenir que la musique et la science sont deux choses complémentaires. De plus, la première forme d’art, le dessin, a permis aux premiers peuples primitifs de s’exprimer avant l’invention de la première forme de langage. L’art est plus que nécessaire dans notre société. »

L’art est plus que nécessaire dans notre société.

J’ai un rêve
Dion rêve que la musique et les arts cessent d’être perçus comme étant des dépenses, mais qu’ils soient plutôt vus comme un investissement. « Depuis trop longtemps, les arts sont considérés comme un loisir et non pas comme une forme d’expression, laquelle est pourtant plus que nécessaire au développement de l’enfant. De plus en plus de scientifiques tendent à prouver que la pratique de la musique stimule énormément le développement psychique et le développement moteur de l’enfant. On peut d’ailleurs le remarquer en observant le parcours de plusieurs médecins : beaucoup d’entre eux ont joué de la musique pendant leur jeunesse. D’autres encore continuent la pratique d’un instrument de musique après la fin de leurs études. La musique et les arts dramatiques sont plus qu’une colonne de chiffres dans un budget : ce sont des investissements que nous pouvons faire. Il suffit de nous en donner les moyens! »

Créé pour former des artistes professionnels
Constitué en réseau comptant sept établissements d’enseignement en musique et deux établissements d’enseignement en art dramatique, le conservatoire a pour mission de former des artistes professionnels en musique et en art dramatique […] dans les centres et les régions où il est implanté (Gatineau, Montréal, Québec, Rimouski, Saguenay, Trois-Rivières et Val-d’Or).

 

Briller

Conservatoire - Chambre de commerce Val-d'Or2Rémi Dion raconte : « L’investissement et les réalisations dans le nouveau bâtiment du Conservatoire de musique de Val-d’Or ont eu une belle visibilité dans la communauté. Entre-temps, la Chambre de commerce de Val-d’Or annonçait que le comité du Gala de l’entreprise 2014 recevait les candidatures d’entreprises et organismes ayant notamment réalisé, au cours de l’année, de grands projets. Le Conservatoire a donc déposé sa candidature dans la catégorie : “Prix spécial du Jury”. Et il a remporté le prix. Une des choses qui, à mon avis, a encouragé le comité à nous honorer est le fait que le projet de construction a respecté autant le budget que l’échéancier, une chose qui est assez exceptionnelle de nos jours. » Sur la photo : Carol Lemieux des Mines Agnico Eagle ltée, le directeur du Conservatoire de musique de Val-d’Or, Jean St-Jules, et Luc Allard de la Banque CIBC.

Du communiqué de presse de la Chambre de commerce de Val-d’Or lors de la remise du prix : « Le Conservatoire de musique de Val-d’Or a raflé le Prix spécial du Jury. Avec un investissement de 7,8 millions de dollars, il va sans dire que les retombées économiques du projet se sont fait ressentir sur le territoire, la quasi-totalité des travaux ayant été réalisés par des entrepreneurs locaux. Inauguré officiellement le 25 octobre, ce lieu propice à l’essor culturel brille par sa conception esthétique et technique qui marie le bois, le roc, l’eau et la lumière. Le comité Jury a aussi tenu à souligner le rôle décisif du directeur, Jean St-Jules, qui a porté ce projet depuis 2006. »

Équipe dans le Hall2Les employés du Conservatoire de musique de Val-d’Or 2013-2014 : Hugues Cloutier (professeur de piano), Hélène Marchand (professeure de matières théoriques et accompagnatrice au piano), Pierre-Louis Thérien (professeur de guitare), Jean St-Jules (directeur de l’établissement et professeur de flûte), Suzanne Ouellet (professeure de piano), Philippe LeBel (appariteur et responsable des équipements), Marie-Thérèse Dugré (professeure de violoncelle et de matières théoriques), Marilyn Grondin (responsable du registrariat et des communications), James Dowdy (professeur de matières théoriques), Doris Rivest (responsable de la bibliothèque), Rémi Dion (responsable administratif et délégué au SFPQ), Neal Bennett (professeur de trombone), Frédéric Demers (professeur de trompette) et Diane Rodrigue (professeure de violon).

 

[1] Parmi les neuf professeurs, trois ont un doctorat en interprétation et un autre étudie au doctorat à l’Université de Montréal. Qui a dit que les professeurs les plus talentueux se trouvaient principalement dans les grands centres?