Mobilisés pour améliorer leur sort

Depuis qu’existe le SFPQ (1962), des centaines de milliers d’employés de l’État ont profité de leur droit de grève pour revendiquer des conditions de travail respectables. Mobilisés comme jamais, ils ont eu gain de cause. Voici des exemples[1] qui ont notamment permis l’avancement des conditions de travail des employés tant de la fonction publique que des entreprises privées.

Texte de Daniel Arcand du Service de la formation syndicale

1965 : Loi sur la fonction publique
Au cours de l’année 1965, pendant que le Parlement du Québec étudiait le projet de loi sur la fonction publique, le SFPQ a organisé à ce sujet un rassemblement qui attira 7 000 de ses membres (Patro Roc-Amadour, Québec, 3 août). Les membres avaient été conviés 48 heures auparavant. Se disant « serviteurs de l’État du Québec et non pas les valets du patronage », les membres mobilisés ont signifié à l’employeur qu’ils voulaient une loi leur permettant de négocier, collectivement, des conditions de travail respectables. Leurs mots : « Nous avons maintenant rendez-vous avec la Révolution tranquille. C’est à notre tour de sortir de la grande noirceur. »

Gains de 1965
Notamment, la reconnaissance syndicale, donc le droit de négocier avec l’employeur.

En se syndiquant, les employés ont le droit de négocier leur rémunération, leur horaire de travail et leurs jours de congé.

 

1966 : Mandat de grève
Le droit de négocier sa convention collective vaut peu de chose sans le droit de grève.

L’expérience démontre que les employeurs négocient plus volontiers lorsqu’ils voient la grève poindre à l’horizon. C’est parce que les membres du SFPQ avaient accepté (à 92,7 %) de donner un mandat de négocier au Syndicat, incluant un mandat de grève si nécessaire, que les membres ont contraint le gouvernement du Québec à négocier vraiment. Une grève fut évitée de justesse.

Gains de 1966
Les 13 000 ouvriers et les 22 000 fonctionnaires ont obtenu un mécanisme pour contester une décision de l’employeur contrevenant aux conditions de travail rédigées dans leur convention collective. On lisait dans celle-ci, entre autres, que vingt ans d’ancienneté donnaient droit à des vacances annuelles de quatre semaines. La convention collective a aussi créé les premières listes de rappel pour saisonniers. L’employée enceinte, quant à elle, n’était plus automatiquement congédiée : elle avait droit à un congé sans salaire à compter du septième mois de sa grossesse. La convention collective prévoyait que le Syndicat participerait à la définition d’une nouvelle classification des emplois.

L’employée enceinte n’est plus automatiquement congédiée (1966).

 

1972 : Grève de 210 000 personnes
Le Front commun des 210 000 employés de l’État du Québec groupait les membres du SFPQ, de la CSN, de la CEQ (CSQ) et de la FTQ. Le 28 mars 1972, les membres du Front commun ont tenu une grève générale de 24 heures. Le 11 avril 1972, les membres ont déclenché une grève sans limite de temps; elle a duré dix jours.

Gains de 1972
Les grévistes du Front commun ont obtenu le plancher salarial de 100 $ par semaine pour les employés de l’État. Ce sont environ 50 000 personnes (les moins bien rémunérées) qui ont ainsi obtenu une augmentation de salaire. Ils ont aussi eu une clause d’indexation des salaires à l’inflation; un régime de retraite; une réduction de l’écart entre les meilleurs salaires et les moindres salaires; et une amélioration à la sécurité d’emploi.

De plus, les membres du SFPQ ont notamment eu droit à la mise sur pied d’un comité d’hygiène et de sécurité; à une allocation spéciale pour le personnel travaillant dans un territoire isolé; à la mise sur pied de l’assurance salaire (ouvriers) et de l’assurance traitement (fonctionnaires); et à l’octroi de 20 jours de vacances après dix ans d’ancienneté.

Le vote pour la grève a amené l’employeur à accepter de négocier à une table centrale.

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Fini de prêter ma voiture au patron !

1977 : Fini de prêter ma voiture au patron
En 1977, les membres ont cessé de prêter leur voiture personnelle à l’employeur. Pour y parvenir, ils ont mené des actions plus petites comme la campagne « Je ne roule plus ».

Gains de 1977
L’employeur a revu sa position sur l’emprunt des voitures. Les membres ont reçu la compensation demandée pour le kilométrage parcouru pendant les heures de travail.

1979 : Grèves rotatives
En 1979, certains ministères ont tenu des grèves rotatives plutôt qu’une grève générale. Les grévistes travaillaient au courrier, à la messagerie, aux services auxiliaires et dans les services informatiques.

Gains de 1979
Les grévistes ont entre autres obtenu le congé de maternité de vingt semaines avec indemnité, le congé pour le père, les congés pour adoption et les congés sans rémunération;  et l’horaire variable à titre d’essai.

2004 — 2005 : demi-jours de grève générale et grèves sectorielles et rotatives
Au cours des années 2004 et 2005, les membres du SFPQ ont tenu trois demi-jours de grève générale, de concert avec le SPGQ. La grève sectorielle fut aussi faite.

Première grève : entre mai et juillet, plus ou moins 250 fonctionnaires du ministère du Revenu ont cessé de travailler. Cette action empêcha l’employeur d’encaisser des milliers de chèques; le service à certains comptoirs d’accueil et des services téléphoniques furent affectés.

Deuxième grève : de mai à juin, 750 employés de la Société de l’assurance automobile du Québec et, de mai à juillet, 200 employés du ministère de la Justice ont interrompu leurs activités professionnelles et ainsi paralysé les encaissements.

Troisième grève : en juillet, 7 employés délivrant les permis aux véhicules classés hors normes au ministère des Transports ont fait la grève.

Quatrième grève : d’octobre à novembre, 306 fonctionnaires du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation ont fait la grève.

Cinquième grève : d’octobre à novembre, 162 fonctionnaires du Registraire des entreprises et 90 fonctionnaires de la Régie des alcools, des courses et des jeux ont cessé de travailler.

Gains de 2005
L’employeur a abandonné ses demandes affectant la sécurité d’emploi et réduisant la banque de jours de congé de maladie. C’est en grande partie grâce à ses grèves sectorielles que le SFPQ a réussi à conclure une entente de principe avec l’employeur sur les clauses normatives. La sécurité d’emploi a été préservée. Et l’ancienneté acquise dans des emplois occasionnels a été reconnue rétroactivement à novembre 1995.

2010 : 75 000 marcheuses et marcheurs
Les organisations syndicales ont reformé le Front commun. Le 20 mars 2010, à Montréal, 75 000 personnes ont marché ensemble pour répondre à l’employeur qui avait fixé unilatéralement leur rémunération pour la période s’étendant de janvier 2003 à avril 2010.

Gains de 2010
Au printemps, les parties ont négocié une entente sur les clauses normatives des conventions collectives régies par la Loi sur la fonction publique et, à l’été, une autre sur les revendications en Front commun (rémunération, RREGOP, etc.), et ce, pour près de 475 000 employés de l’État. L’employeur a abandonné sa volonté de diminuer à six mois seulement la durée de l’assurance salaire ou assurance traitement, d’abolir deux jours fériés, d’enlever quatre jours de congé de maladie et d’abolir l’accumulation à long terme de jours de congé de maladie. Les membres du SFPQ ont obtenu une amélioration de la procédure de règlements de griefs. Les personnes occasionnelles ayant travaillé 44 mois à l’intérieur de 48 mois ont obtenu un poste permanent. À titre de membres du Front commun, ils ont obtenu des améliorations à leur régime de retraite RREGOP.

La grève
Le vote favorable à la grève et la grève elle-même permettent de transmettre un message clair à l’employeur; elle est utilisée par les employés quand l’employeur s’obstine à ne pas prendre en compte leurs revendications portant sur leurs conditions de travail. Avant d’utiliser ce moyen, les employés expriment d’abord par des moyens symboliques, sans cesser de travailler, leur détermination à obtenir de meilleures conditions de travail. Puis, ils peuvent décider d’utiliser le moyen de la grève légale. En franchissant ces étapes, les employés soulignent à l’employeur l’importance à leurs yeux des revendications présentées par leurs représentants syndicaux. Le Code du travail est la loi fournissant le moyen de la grève aux employés syndiqués.

[1] Il s’agit ici des grèves tenues par les ouvriers et les fonctionnaires régis par la Loi sur la fonction publique et certaines unités parapubliques.