Garder les eaux

Dans cette époque « civilisée » où la Ville de Montréal déverse, la tête haute, des milliards de litres de ses eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent (horreur de 2015), le Journal SFPQ a rencontré un gardien de barrages du gouvernement du Québec pour discuter avec lui de l’importance de son travail, et de la santé de l’eau.

Texte de Danie Blais du Service des communications

IMG_0171-2Nicolas Leduc-Lafantaisie travaille au Centre d’expertise hydrique du Québec du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques. Il y est gardien de barrage (surveillance de la propriété) depuis neuf ans déjà, alors qu’il effleure à peine les trente printemps. Malgré l’allure romantique de ce poste et de l’image du philosophe solitaire qu’il dépeint, le jeune homme n’est cependant pas le seul de son espèce à effectuer ce travail original : ils sont entre dix et quinze au Québec. C’est bien peu pour voir au bon fonctionnement de près de 800 barrages. Mais il aime son travail. « Mon travail me passionne. Il est très diversifié et il exige que j’aie de nombreuses connaissances dans plusieurs domaines. C’est excellent pour l’esprit!, de s’exclamer Monsieur Leduc-Lafantaisie. Je passe donc la plus grande partie de mon temps sur le terrain, à surveiller le cours de l’eau, à respirer l’air frais; le reste du temps, je le passe au bureau pour y faire le rapport de mes inspections, entre autres. L’ambiance n’est pas la même qu’en forêt. Nous vivons dans un autre âge que celui des gardiens de barrage d’antan… », ajoute-t-il en riant.

En effet, les temps ont bien changé, car, jadis, il n’y a pas si longtemps, le gardien de barrage vivait dans une petite maison à côté du barrage. Responsable de tout, il veillait patiemment aux eaux et à la structure du barrage. « Homme à tout faire, son poste de gardien pouvait faire penser au gardien d’un fort du Moyen Âge ou, encore, à celui qui gardait le feu de la tribu, de raconter en souriant Nicolas. Disons que son bureau était différent du mien… » N’en demeure pas moins que le travail du gardien de barrage de jadis et de celui d’aujourd’hui se ressemble. Ces messieurs – oui, ce ne sont que des gentlemen qui occupent ces postes, sont ceux qui ouvrent et ferment les vannes du barrage, qui les inspectent et les entretiennent. Le gardien posté à Mont-Laurier précise : « L’entretien qu’on fait est “de base” : contrôle de la végétation, mécanique et menuiserie. Pour les plus importants travaux, nous assistons les techniciens et ingénieurs : comme ils ne sont pas sur le terrain, nous sommes leurs yeux et leurs oreilles, parfois leurs mains et leurs bras. »

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Le Centre d’expertise hydrique du Québec (CEHQ) assure la régularisation du régime des eaux par l’exploitation des barrages publics, la gestion foncière du domaine hydrique de l’État et le maintien de son intégrité, et il veille à la sécurité des barrages. Le CEHQ fournit aussi un soutien aux municipalités dans la détermination des zones inondables.

Le CEHQ exploite 235 stations de mesure des niveaux et des débits des principaux cours d’eau du Québec et 780 barrages publics. Il veille aussi à faire appliquer la Loi sur la sécurité des barrages, laquelle en vise 5 549.

Source : Centre d’expertise hydrique du Québec

Le travail des surveillants de la propriété gouvernementale, que sont les gardiens de barrage, est essentiel. Pour reprendre les mots de l’interviewé, la très grande majorité de la population vit à l’ombre d’un barrage. « Nous nous devons de nous assurer que les structures sont sécuritaires pour que soit évitée une catastrophe, d’origine humaine ou naturelle. C’est toujours impressionnant de voir ces immenses structures retenir des milliards de litres d’eau, et de constater la force de cette eau. Mieux vaut s’assurer qu’elle est toujours bien retenue… »

Qu’est-ce que les gens ignorent de votre travail?

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Nicolas Leduc-Lafantaisie

« Que nous existons. Ils ont tendance à oublier que ces barrages font partie de leur décor depuis toujours : il y en a plus de 5 000 au Québec. Le Québec compte près de 10 % des barrages du monde. Un des plus importants étant sur son territoire est le barrage Robert-Bourassa, construit dans le Nord-du-Québec sur la Grande Rivière. La superficie de son réservoir est supérieure au Luxembourg, et il peut retenir jusqu’à 460 702 900 000 mètres cubes d’eau. Les plus petits barrages québécois, quant à eux, mesurent environ 1,8 mètre avec un réservoir profond d’environ 1,5 mètre. Mais à ces barrages, le CEHQ n’a pas d’affaires, car ils sont l’œuvre des castors, de dire en riant Nicolas Leduc-Lafantaisie. Et il y en a de ces barrages! Blague à part, le Centre d’expertise hydrique existe et voit à la sécurité des gens. »

Que sera votre poste dans cent ans?
« Nous serons remplacés par des appareils automatiques et les barrages seront faits en laser. Ah! Ah! Ah! J’en ai aucune idée! », de terminer Nicolas Leduc-Lafantaisie en rigolant.

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Les barrages, les digues ainsi que leurs réservoirs sont très utiles à la vie de tous les jours. Certes, ils permettent d’alimenter en eau les villes, de gérer les niveaux de certains cours d’eau, mais ils participent aussi au développement d’activités récréatives comme la pêche et l’observation d’oiseaux, tout en créant de nouveaux milieux de vie pour la faune et la flore.
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L’eau est un corps chimique composé d’oxygène et d’hydrogène. L’eau est essentielle pour tous les organismes vivants connus, dont elle est une constituante biologique importante. Le volume d’eau sur la planète est d’environ 1 360 000 000 km cubes. Madame et Monsieur doivent tous deux boire entre 1,5 et 2 litres d’eau chaque jour. (Wikipédia)