L’amour est dans les jardins

Texte de Danie Blais du Service des communications du SFPQ

Fruit de l’intelligence et de la patience d’Elsie Reford (1872-1967), deuxième fille du président de Lake of the Woods Milling Company Limited[1], Robert Meighen, et de son épouse Elsie Stephen, sœur du baron du chemin de fer, George Stephen, les Jardins de Métis sont un véritable paradis de verdure où poussent plus de 3000 variétés de plantes indigènes et exotiques. Promenade sereine dans la mémoire verdoyante d’Elsie Reford en compagnie de Patricia Gallant, technicienne horticole aux Jardins.

Au cours de l’été 1926, à l’âge de 54 ans, Elsie Reford, en convalescence, se reposait à son « camp » de pêche (aux saumons), Estevan Lodge, une résidence secondaire construite en 1887. Ne pouvant plus pêcher pour le moment, son médecin lui avait suggéré de jardiner pour se changer les idées. Malgré ses allergies estivales, elle décida de suivre son conseil.

Et elle jardina pendant trente ans, s’enracinant en Gaspésie.

« Par une de ces nuits d’été où se répand partout une rare tranquillité et où le monde paraît enveloppé dans un silence sacré, rompu seulement par le clapotis du flux de la marée sur la plage, quand la lune étincelante et argentée dans un ciel sans nuage inonde de lumière chaque pétale de chaque lis et le visage de chaque fleur, la beauté ineffable du paysage transcende le temps et l’espace, évoquant l’éternité d’un au-delà qui se fait proche. »
– Elsie Reford, 1949

 

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Elsie Reford (sur l’allée royale) est devenue, avec les années, une véritable spécialiste horticole reconnue par plusieurs jardiniers et par la Royal Horticulture Society et la North American Lily Society, pour qui elle écrivait des articles.

Elsie Reford devint une horticultrice hors pair : avec une patience divine, elle apprit à connaître chacune des plantes qu’elle avait décidé d’implanter dans ses jardins. Pour notamment faciliter leur adaptation dans le climat rude de la Gaspésie, elle avait fabriqué un terreau pour chacun de ses petits végétaux; une plante, un nid. En développant ses techniques, elle a finalement réussi à acclimater de fragiles et magnifiques espèces comme le rare pavot bleu de l’Himalaya. Pour reprendre les mots du site Web des Jardins de Métis : « Au fil des ans, déployant une remarquable volonté de bâtisseuse et affinant constamment son art de l’aménagement de jardins, Elsie Reford a su façonner un univers enchanteur de parcours, de détours et de repos subtilement agencés et de parfums, de couleurs et de textures savamment associés. Ainsi est né ce paradis végétal gaspésien qui égrène les splendeurs de quelque 3000 espèces et variétés de plantes indigènes et exotiques en bordure d’un kilomètre et demi de sentiers où il fait bon respirer l’air et jouir de la lumière du fleuve Saint-Laurent. »

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À la fin de sa vie, Elsie Reford aura donc transformé plus de 20 hectares de terrain, aux qualités discutables, en un musée végétal de grande renommée. Patricia Gallant, qui aujourd’hui perpétue son travail, n’a que de tendres propos à l’égard de sa muse et de son projet : « Elsie Reford est une personne très inspirante. Elle était avant-gardiste et audacieuse; surtout, elle était passionnée de ce qu’elle faisait, et les jardins le reflètent encore aujourd’hui. J’ai toujours pensé que les jardins ont été pour elle un lieu de créativité et d’évasion qui lui permettait de sortir des obligations protocolaires omniprésentes dans sa vie de tous les jours. Les Jardins de Métis sont un lieu unique empreint de passion. C’est un lieu de délices où vous pouvez vivre toutes sortes d’expériences autant par les fleurs, les aménagements, à la fois traditionnels ou futuristes, par sa culture, ses événements et par sa cuisine. Il y en a pour tous les goûts. »

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Pavot bleu de l’Himalaya, emblème des Jardins de Métis. Le nom latin est meconopsis betocifocilia, à ne pas confondre avec les autres pavots (du coquelicot au pavot à opium) que l’on connaît, dont le nom latin est papaver.

Pour Patricia Gallant, qui a pour bureau le fabuleux éden d’Elsie, il est difficile d’y désigner un coin de paradis, car chaque secteur offre quelque chose de particulier et les souvenirs y sont innombrables. Toutefois, elle se rappelle un souvenir unique, un de ceux qui, à jamais, changent votre vie. Elle raconte : « Lorsque je suis venue pour la première fois à cet endroit, lorsque j’ai mis le pied sur ce pont de la partie historique des jardins, j’ai senti une vibration intense. J’ai alors dû faire une pause. J’étais avec une amie et, sans hésitation, je lui ai alors dit que c’était dans ce jardin que je travaillerais. Et voilà, j’y suis depuis belle lurette! » C’était il y a 26 ans; la jeune fille est maintenant devenue femme et, comme elle l’avait promis à son amie de jadis, elle travaille dans la partie historique des Jardins de Métis et elle supervise l’équipe horticole. « Je vois également à la préservation des collections, à l’aménagement et à l’entretien de ce secteur, en plus d’identifier les végétaux et d’être responsable de la production en serre, ajoute-t-elle. Annuellement, nous produisons entre 25 000 et 30 000 plantes pour l’ensemble des jardins. J’ai toujours été passionnée par les plantes et la nature, alors je suis choyée de travailler dans un tel environnement. Mon coin de paradis, ce sont tous les jardins », explique Patricia Gallant.

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Patrici Gallant des Jardins de Métis.

Certes, il faut de la créativité, du talent et de la passion pour entretenir d’aussi vastes jardins, mais il faut aussi se soumettre aux aléas de Dame nature, au rythme de ses saisons. « Au début de mois de juin, c’était la plantation des fleurs annuelles. Par la suite, tout l’été durant, nous entretiendrons les jardins. Nous devons nous assurer que tout est beau et accueillant, et ce, tous les jours. Le désherbage, la taille des fleurs fanées, le tuteurage, l’arrosage et la fertilisation nous occupent. Lorsque les feuilles rougissent ou jaunissent vient le temps de diviser, de replanter et de réaménager ce qui a besoin d’amélioration. C’est aussi la mise en veille du jardin pour l’hiver, après la fermeture (vers la fin septembre). L’automne est également le moment de planifier l’année suivante et de faire les commandes de semences. Les Jardins de Métis dorment tout l’hiver », d’expliquer Patricia Gallant, qui les quitte à la fin d’octobre pour y revenir à la mi-février. Elle poursuit : « À mon retour, il est temps de commencer la production en serre. Quelques semaines plus tard, une fois le printemps arrivé, les jardiniers reviennent pour tailler les pommetiers. Et en mai, c’est le grand nettoyage et la préparation pour l’ouverture (vers avril) : enlever les protections hivernales, ramasser les débris, désherber, tailler, amender et, entre autres, remplacer des plantes ayant souffert de l’hiver. Les journaliers, de leur côté, ratissent les gazons, les fertilisent et en font la tonte. Ils soignent les végétaux jusqu’à la mi-octobre. »

« Il faut apprendre à aimer ce qu’on fait, alors on fait toujours ce qu’on aime et ça nous rend heureux. » – Patricia Gallant

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L’hiver dans les jardins.

Il faut donc avoir beaucoup de patience et de détermination pour travailler dans le domaine de l’horticulture. Et le faire avec le sourire. Pour Patricia Gallant, son équipe de travail en est un bel exemple. « J’ai une très bonne équipe de travail. Ce sont majoritairement des gens qui ont plusieurs années d’expérience, voire que certains en ont plus que moi. L’horticulture, comme l’agriculture, est un métier sous-estimé, et souvent mal rémunéré. Nous travaillons dans des conditions très variables et nous sommes à la merci de Dame nature. Ça prend une bonne dose d’humilité et de courage. Je lève mon chapeau à tous ceux et celles qui perdurent dans ces domaines… La main qui nourrit n’a pas de prix », de confier cette femme dévouée, félicitant les huit passionnés qui travaillent avec elle.

Grâce à eux

L’équipe de Patricia Gallant compte quatre jardiniers, un aide-jardinier à temps complet, un aide-jardinier à temps partiel et deux journaliers. Parfois, une ou deux personnes agissant à titre d’aide-jardinier ou de journalier et des stagiaires leur viennent en aide. Que font-ils?

  • Les jardiniers ont chacun un secteur précis à entretenir, lequel représente environ 0,4 ha (1 acre).
  • Les aides-jardiniers assistent les jardiniers dans leur travail. Ils entretiennent aussi des sentiers dans les jardins, arrosent des pots et des boîtes à fleurs, aident dans les serres en début de saison.
  • Les journaliers s’occupent principalement des gazons et du travail général d’entretien (vidange, compost, chemins, réparations mécaniques).

Toute l’équipe participe aux corvées parfois organisées lors de projets spéciaux ou d’événements.

L’équipe de Patricia Gallant n’est évidemment pas la seule à donner vie aux Jardins de Métis; les autres secteurs requièrent régulièrement ses services, tout comme elle a besoin de leurs employés à ses heures, notamment du préposé à l’entretien des bâtiments et des installations. Voici quelques exemples de cet efficace échange de services : donner des renseignements horticoles à l’administration et aux clients de la boutique; fournir des plantes et des fleurs comestibles à la cuisine; aménager les jardins pour un événement; fournir de l’information horticole au coordonnateur du Festival international de jardins, etc.

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L’équipe au travail lors du réaménagement du High Bank.

Pour en savoir plus

Visitez les Jardins de Métis!

Bibliothèque et Archives Canada, Les Jardins de Métis : portrait d’un paysage à epe.lac-bac.gc.ca/100/205/301/ic/cdc/metis/home.html

[1] Cette compagnie produisait notamment la farine Five Roses.